La découverte du Musée des Femmes de Bonn tient presque du hasard. Au détour d'une balade dans la vieille ville, je suis soudain interpellée par une banderole qui s'étend de part et d'autre de la rue. Intriguée, je m'approche. Je fronce les sourcils. Mais oui ! C'est bien là ! Au fond d'une courette remplies de bicyclettes se tient l'un des lieux les plus emblématiques du combat pour la reconnaissance des femmes artistes : le Frauenmuseum (Musée des Femmes).

Marianne Pitzen, directrice et fondatrice, m'accueille avec un large sourire. Quel personnage ! Ses grands yeux bleus sont cernés de crayon kôhl, sa coiffure improbable à la teinte poivre et sel la ferait volontiers passer pour une diva capricieuse. Mais c'est d'une voix douce et mutine qu'elle me raconte son aventure. "Pour nous, l'ouverture de ce musée était une véritable provocation. Nous avions besoin de cela pour renforcer notre lutte, pour se faire reconnaître". L'objectif, au début des années 80, est bien de contrer la tendance dominante : celle qui ne réserve qu'une maigre place aux femmes dans l'art. "Pourquoi les autres musées n'ont-il que 0,05 % d'artistes femmes dans leurs collections ?", s'interroge Marianne Pitzen, l'air songeur.
Avec un enthousiasme communicatif, l'égérie du Frauenmuseum précise sa démarche : "Nous n'exposons que des œuvres de femmes, mais attention ! Le fait d'être une femme n'ouvre pas automatiquement les portes du musée. C'est la qualité du travail qui compte !"
Elle se défend encore de tout sectarisme : "Si l'équipe est majoritairement composée de femmes artistes, d'historiennes de l'art et même de techniciennes, il y aussi quelques collègues masculins ! Les hommes doivent aussi participer au projet, et bien sûr, l'entrée est ouverte à tous, hommes et femmes confondus !"

Des expos coup de poing

Depuis sa création, le Musée des Femmes de Bonn cherche inlassablement à faire écho des thématiques sociales contemporaines et n'a pas peur d'appuyer là où ça fait mal. "Ainsi, le vote d'une loi en Autriche, puis en Allemagne, contre la violence domestique a donné lieu à une exposition exceptionnelle, en collaboration avec des artistes "concernées", explique la directrice. Autrement dit, des femmes ayant elles-mêmes séjournées en maison d'accueil pour femmes battues".

Cette année, l'institution fête donc ses 25 ans. Et Marianne a parfois du mal à y croire : "Quand on voit toutes les difficultés que nous avons eu à boucler nos budgets, années après années, cet anniversaire est vraiment un très beau cadeau". En effet, le Musée appartient à la ville, ce qui veut dire que l'association est dispensée de payer un loyer, mais que toutes les autres dépenses de fonctionnement sont à sa charge : l'eau, l'électricité, les rémunérations du personnel, le financement des expositions, etc. Des frais assumés grâce aux subventions fédérales et européennes, mais aussi grâce au mécénat.

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2006 va donc être festive du côté de la vieille ville. Avec du 23 janvier au 8 mai, la présentation de la collection complète du Musée, ainsi que l'organisation d'une rétrospective sur les "utopies féminines". Puis viendra l'expo phare de l'année, de juin à septembre : "SexWork", un travail sur la prostitution, entre mythes et réalités. Une expo coup de poing à n'en pas douter !

Frauenmuseum, Im Krausfeld 10, 53111 Bonn Renseignements : 00 49 228 69 13 44Le site du Frauenmuseum

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