La puissance d'un écrivain se mesure-t-elle au nombre des digressions qu'il inspire? A l'abondance de ses relectures? Si tel est le cas, Marcel Proust est probablement le champion du genre.

Lorsque tout semble dit de l'auteur -son style, son rapport au temps, sa peinture sociale, sa sensibilité..., les oeuvres d'analyse se suivent inlassablement et ne se ressemblent jamais. Tant la rencontre avec le monumental Marcel tient toujours de l'intime et de l'étonnement.

L'infinité de l'intime

Le génie de l'écriture intérieure qui observe les mouvements du monde résonne dans le coeur, autant que dans l'esprit. Se plonger dans la Recherche est une quête infinie dont l'étude l'est tout autant : si Proust a su saisir un moment d'éternité, le lecteur quant à lui, ne cesse de se laisser transporter dans un univers sans limite.

Subjectivité en miroir

Pierre Assouline s'attaque au monstre sacré. Proustophile éclairé, il ose la subjectivité en miroir avec son monumental Autodictionnaire. C et "auto" est à comprendre dans les deux sens : à la fois subjectivité de l'analysant et égotexte de l'écrivain, chez qui l'évènement réel du vécu vient toujours en résonance avec le récit.

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Un univers de A à Z

L'exercice agile qui liste un ensemble de mots clés, classés de A à Z, comme autant d'entrées et de voyages, l'exercice de style pourrait se révéler contraignant . Il n'en est rien, car il montre combien l'univers proustien est une mosaïque de multiples détails, une extraordinaire architecture qui résiste admirablement à sa "déconstruction" .

Pierre Assouline nous montre combien l'univers proustien est comme un rébus à multiples entrées qui se rejoignent par tous les sens, peu importe leur ordre, tant leurs connexions sont "interreliées".

Un voyage entre Jalousie et madeleine

Alors bien sûr, on retrouvera sans étonnement dans cette liste, Combray, jalousie, madeleine, Venise. Mais aussi bifteck aux pommes, asthme, impôts, télépathie... Pierre Assouline a puisé dans l'ensemble des écrits de Proust, de la Recherche du temps perdu, bien sûr en passant par ses articles, ses essais et son abondante correspondance. Cet impressionnant travail de documentation est un tourbillon entre la la vie, les émotions et les écrits. Il montre le mouvement par la racine. L'oeuvre par ses branches.

Comprendre en biais

Comme l'écrit Pierre Assouline : "Si l'on veut comprendre autrement comment Proust s'y est pris , il faut le saisir par le biais du discontinu, briser les reins à la chronologie, ranger ses angoisses et ses rêves par ordre alphabétique. C'est une autre manière de lui être fidèle. Car si la biographie laissait paraître l'homme nu derrière le voile de ses paroles, l'Auto dictionnaire expose son squelette. Plus de faux-semblants, plus d'échappatoires, plus de procédés. Le squelette, c'est ce qui reste quand on a éliminé toute littérature dans le mauvais sens du terme – car il en existe un. ".

Revisitation inspirée

Point donc de grandes envolées textuelles, de longues deccsriptions embaumantes. Proust se découvre " à l'arête" et se révèle tout autant sensuel, magistral, logique, visionnaire... La revisitation de l'oeuvre à laquelle nous invite Assouline, nous montre que le grand génie français n'est pas seulement un maître du style, mais aussi un horloger, un roi de la construction, un roi en son univers, un inventeur de monde. Le travail aux rayons X d'Assouline fonctionne comme une tranfiguration. Sa lecture "derrière la littérature" nous offre un éclairage par l'intérieur. A lire aussi bien avant de lire ( ou relire ) Proust, comme une boussole, que pour revenir sur l'oeuvre par zooms et arrêts sur mots.

>lire aussi notre dossier Retrouver Marcel Proust

>découvrir les réponses de Pierre Assouline à notre Questionnaire d'après Proust

Infos pratiques

Pierre Assouline.Autodictionnaire Proust.Editions Omnibus.

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